L'ancien temple protestant, présent sur la commune de Saint Alban d'Hurtières, se situe au dessus du lotissement des Mablières, non loin de la petite Chapelle Notre Dame de la Salette, en direction du lieu dit "la Cour".
Un peu d'histoire pour mieux comprendre la présence du temple protestant sur la commune.
La présence des protestants en Maurienne est liée à l'histoire des Vaudois du Piémont (région naturelle du Nord-Ouest de l'Italie).
Les Vaudois tirent leur nom d’un marchand lyonnais, Valdès (ou Valdo) qui, vers 1170, décide de vendre ses biens et de consacrer sa vie à la prédication de l’Évangile à ses concitoyens.
Valdo et ses disciples « les Pauvres de Lyon » sont condamnés par l’Église comme dissidents surtout parce que la prédication est assurée par des laïcs y compris des femmes.
Ils sont excommuniés par le pape Lucius III en 1184.
Malgré les persécutions, le mouvement Vaudois (nom qui lui a été donné par ses adversaires) réussit à se répandre durant tout le Moyen Âge à travers une partie de l'Europe et une communauté importante se forme dans la vallées du Piémont en Italie (le val Pellis, le bas val Cluson et le val Saint Martin).
Leur influence est si forte que les trois vallées sont encore aujourd'hui appelées "Vallées Vaudoises".
Chaque année, les prédicateurs se réunissent en Piémont. On repère leur passage en Savoie.
Lorsque les idées des Réformateurs se répandent en Europe, les Vaudois s’interrogent sur cette nouvelle réforme de l’Église, et en 1532, au synode Vaudois de Chanforan (dans les vallées Vaudoises en Italie), les Vaudois décident d’adhérer à la Réforme protestante.
La présence protestante en Maurienne est attestée en 1550 à St Jean de Maurienne.
En sortant de la clandestinité, les Vaudois s’exposent, comme les protestants français, à une répression qui touche d’abord les pasteurs, les libraires, les chefs de file du mouvement.
Dans les Alpes, les Vaudois habitent les deux versants de la montagne, dans le Dauphiné et sur le versant italien qui appartient au Duché de Savoie et vivent constamment sous la menace d’une invasion française.
Après une première occupation française de 1536 à 1559, le Duc Emmanuel Philibert, qui a récupéré ses terres au traité de Cateau-Cambrésis (1559), envoie dès 1560 une expédition militaire contre les Vaudois de la vallée de la Luzerne, où la résistance s'organnise.
En 1561, faute d'avoir pu dompter les Vaudois, le Duc Emmanuel Philibert reconnaît légalement le culte protestant et instaure un régime de tolérance, mais, pour autant, il fait parvenir au Sénat de Savoie un programme de répression de "l'hérésie".
La répression continue...
À partir de 1640, les incidents se multiplient contre les Vaudois.
En 1655, les troupes de Dragons sont logées chez les vaudois et massacrent la population. Les terres réformées du Piémont sont reconquises au catholicisme.
Ces massacres, connus sous le nom de "Pâques piémontaises" ou "Printemps de sang", provoquent une réaction forte en Angleterre, en Hollande puis dans le reste de l'Europe.
La répression continue sous le règne du Duc de Savoie Victor Amédée II (neveu de Louis XIV) jusqu'en 1689, quand Victor Amédée II, rompt son alliance avec la France et s’allie avec l’Angleterre.
Les Vaudois seront sauvés grâce à la pression protestante anglaise.
En 1726, sous l'influence de Londres et de Genève, un premier Temple protestant s'ouvre à Turin mais des convertis sont poursuivis pour offense à la religion d'Etat jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Les Lettres Patentes de Charles-Albert du 17 février 1848 rendent aux Vaudois leurs droits civiques et politiques.
En 1853, Chambéry reçoit l'autorisation du culte protestant.
Cette évolution est liée à la présence des Anglais (touristes, ouvriers ou ingénieurs du chemin de fer) et aux tentatives d'Evangélisation du milieu du Réveil Chrétien (mouvement social et culturel de renouvellement spirituel visant à « réveiller » une foi assoupie, installée et routinière).
Il faut attendre l'annexion de la Savoie à la France (1860) pour voir les petites communautés s'étoffer avec l'arrivée de fonctionnaires ou d'officiers français (1.200 protestants en 1861).
L'aide de la Suisse est progressivement relayée par des organismes français et britanniques.
Des postes concordataires sont institués à Annecy en 1872 et à Chambéry en 1877, de nouveaux lieux de culte sont ouverts, en particulier, à Albertville et à Bourgneuf.
En 1913-14 les protestants sont à Argentine où une tente-chapelle de 250 places assises est établie sur le champ de foire.
A Saint Alban d'Hurtières, ils organisent des réunions dans l'ancienne Cure (à coté de l'église) occupée par une boulangerie-épicerie-café depuis le départ du curé, faisant suite à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905.
Par la suite, les protestants louent une maison au hameau des Champs en 1919 avant qu'un terrain de 3.000 m² soit acquis à la Mablière, non loin de la Chapelle Notre Dame de la Salette.
Le temple est construit en 1920.
La construction est rendue difficile à cause des intempéries: il faudra rebâtir des pans de mur et consolider l'édifice par des contreforts.
En 1936, la Société Centrale d'Evangélisation de Paris (Eglise Réformée de France) prend en charge le temple et le transforme en maison de séjour et de repos.
Les fonctions pastorales continuent jusqu'à la guerre puis sont assurés par Bourgneuf.
En 1940-45, le temple est utilisé par les Résistants, et sera ensuite réquisitionné par l'armée française (4ème régiment du Génie) pour reconstruire des ponts suite à leur destructions par l'armée allemande en déroute.
Dans les années 1950, le temple sera loué à des Italiens.
Le temple, non entretenu se détériore au fil des années et, en 1972, le bâtiment en très mauvais état est acheté par une famille qui le transforme en habitation
On peut encore voir dans le béton des pignons la Bible et la croix nue qui ornent la façade.
Comme mentionné ci dessus, l'ancien temple protestant est à présent la propriété de particuliers.
Lors de vos promenades sur les chemins de la commune, a observer les bâtiments qui font parti de l'histoire de la commune, merci à veiller au respect et à la tranquillité des lieux.